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Article mis à jour le 17/07/2009
Nous avons à plusieurs reprises évoqué sur Imposteurs l’empreinte écologique dont pas un jour ne passe sans qu’on vous rabâche « si tout le monde consommait comme un français, il faudrait 3 terres, comme un américain il faudrait 5 terres etc..».
Jusqu’à présent , je n’avais considéré cela que comme sous l’angle du simplisme outrancier et de la mentalité du comptable obtus:
-Tout simplement parce que ça n’est pas demain que tout le monde pourra consommer comme un américain ou un français, et ce pour des raisons qui ne doivent pas grand chose aux limites des ressources naturelles, mais à l’inégalité du développement économique qui ne se comble pas par un tour de baguette magique.
-D’autre part, parce que les partisans de cette approche ne prennent pas en compte les gains de productivité, le fait que la quantité de ressources naturelles par unité de produit consommée diminue dans le temps, grâce au progrès technologique. C’est une vision purement statique, donc biaisée.
-Plus bornée encore, cette vision qui consiste à estimer l’empreinte écologique d’un parisien, calculée par la WWF, une des principales organisations vertes ayant contribué à imposer la réduction de l’empreinte écologique :
« L'empreinte écologique totale de Paris s'élève ainsi à 2838 000 hectares globaux (hag), soit 313 fois plus que sa biocapacité , relativement modeste (41 000 hag, soit 0.02 hag par personne)! » (1)
Difficile de tenir des raisonnements plus absurdes. A ce compte, pourquoi pas calculer l’empreinte au niveau des habitants d’une cage d’escalier…
Je n’avais pas pris le temps d’examiner comment cette empreinte écologique est calculée par la WWF, qui a tant fait pour imposer ce concept au niveau international, et dont c’est un des thèmes essentiels du militantisme.
L’empreinte écologique est donc définie par le nombre d’hectares nécessaires à une population pour satisfaire l’ensemble de sa consommation.
Or quelques indications du mode de calcul de la WWF et le détail par grands postes de consommation est fournie dans un petit ouvrage intitulé Les nouveaux indicateurs de richesse (2) .
En 1961, l’empreinte écologique globale de la France aurait été selon elle de 208,8 millions d’hectares. En 1999, de 309,8 millions, soit 48% en plus. Le poste qui a attiré mon attention est le poste Énergie, qui aurait le plus augmenté et représenterait plus de la moitié de l’empreinte écologique en 1999. Il serait donc passé de 79,2 millions d’hectares à 178,8 millions, soit + 126%. Et, c’est là que réside la forfaiture, on s’aperçoit que la WWF calcule une empreinte du nucléaire qui serait passé de 0 (pas de centrales nucléaires en 1961, la première sera mise en service en 1963), à… 54.8 millions d’hectares en 1999 (la France produit 80% de son électricité par le nucléaire).
Extrêmement intrigué, je vais à la note méthodologique : Pour les combustibles fossiles (utilisées donc dans les centrales thermiques), l’empreinte est estimée par la superficie forestière nécessaire à la réabsorption du CO2 émis pour produire l’énergie (…). L’énergie nucléaire est incluse dans l’empreinte énergie et comptabilisée comme équivalente à la combustion fossile.
« Convention très discutable », commentent laconiquement les auteurs du livre(3). Ils appellent ça « une convention » ! Très discutable en effet. Une centrale nucléaire ne lâche dans l’atmosphère qu’un peu de vapeur d’eau (4). Le seul CO2 imputable indirectement est lié à l’extraction du minerai et la construction de la centrale. Selon une estimation d’EDF et l’ADEME , un kWh nucléaire produit 6g de CO2, un kWh produit en centrale thermique de 883 g (Gaz) à 978 g de CO2 (Charbon).
La WWF surestime donc d’un facteur 150 l’empreinte écologique du nucléaire. Pour la Deep Ecology , il fallait forcément masquer un aspect positif du nucléaire. Et faisant d’une pierre deux coups, ce petit tour de passe-passe permet de multiplier par 2 la supposée croissance de l’empreinte écologique.
Rappelons que ce sont les chiffres de la WWF qui sont généralement pris comme référence. Un examen en détail fait par des spécialistes des autres postes de consommation permettrait de voir s’il n’y a pas d’autres falsifications. Mais on ne voit pas pour quelle raison le reste de la copie serait honnête. Cette « erreur » suffit de toute façon à discréditer totalement le discours sur l’empreinte écologique et leurs auteurs.
J’ai parlé de « comptables obtus », tous les comptables ne le sont pas, je présente d’avance mes excuses aux représentants de la profession que j’aurais involontairement blessés. Les comptables de la WWF ne sont pas seulement OBTUS , ce sont aussi des fraudeurs. Les vrais comptables, eux, risquent assez gros lorsqu’ils se laissent aller à de telles pratiques.
Notes :
(1) http://www.wwf.fr/s_informer/calculer_votre_empreinte_ecologique
(2) Jean Gadrey, Florence Jany-Catrice , Repères, Éditions La découverte
(3) Il faut dire que Jean Gadrey , membre du conseil scientifique d’Attac, plaide « pour une société du plein-emploi sans croissance », ce qui explique peut-être que sa critique soit si soft . Voir cette interview dans le monde :
On se pince quand on lit de la part d’un professeur émérite d’université une bourde aussi énorme que celle-ci : « Il faudra créer massivement des emplois sans croissance ni gains de productivité. Pour deux raisons. La première est que les gains de productivité permettent certes de produire plus de biens avec la même quantité de travail, mais pas avec la même quantité de ressources naturelles, d'énergie et de pollutions diverses. »
Très original : « Une tonne de céréales bio n'est pas la même chose qu'une tonne de céréales "polluantes", et il en va de même pour les kWh, les services commerciaux et tout le reste. On paye plus cher, mais pour avoir mieux, sur la base de plus de travail et de moins de dégradations environnementales. »
Un des slogans électoraux de Sarkozy était travailler plus pour gagner plus. Jean Gadrey, qui participe à la commission créée par Sarkozy propose en somme de travailler plus pour produire moins. On n’arrête pas le progrès…
http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/en/membres.htm