30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:09

martine 

Personne ne peut y échapper, ou presque … Depuis le Grenelle 2 de l’environnement, Entreprises, établissements publics, administrations d’État et collectivités locales sont invitées à faire leur « bilan carbone », c’est-à-dire à évaluer les émissions de gaz à effet de serre liées à leur activité.

 

Après des tergiversations, « Le Parlement est allé plus loin que le Sénat en étendant l'obligation de réalisation du Bilan Carbone à toutes les entreprises de plus de 500 personnes quel que soit leur secteur d’activité (le texte du Sénat limitait l’obligation aux secteurs fortement émetteurs). Ce Bilan doit avoir été établi pour le 31 janvier 2012. Il est rendu public et doit être mis à jour au moins tous les trois ans (art.75). » (1)

 

Cette information  figure sur la page d’une entreprise plutôt intéressée par l’adoption d’une telle loi, puisqu’elle même propose des bilans carbone.

 

De nouveaux critères de compétitivité ?

 

Cette entreprise tente donc de convaincre ses clients qu’un bon bilan carbone tendrait à devenir un critère déterminant de leur compétitivité :

 

« Toute entreprise soucieuse de conserver et améliorer sa compétitivité devrait donc s'intéresser dès aujourd’hui à son empreinte carbone, aux moyens de la réduire et aux moyens de le faire savoir à ses clients. » .

 

L’empreinte carbone, élément de compétitivité des entreprises ? A priori, la compétitivité est affaire de maîtrise de coûts de production qui permettent à une entreprise de vendre des biens ou services de qualité à des prix attractifs. Admettons le principe que les émissions de CO2 ou autres gaz à effet de serre liés à son activité ait un coût indirect pour la collectivité, (encore faudrait-il pouvoir réellement quantifier celui-ci), on peut alors imaginer rajouter ce coût externe aux coûts de production internes supportés par l’entreprise. Feu la taxe carbone préconisée par Michel Rocard, spécialiste mondialement reconnu des poêles à frire (2), aurait pu avoir cette vocation.

 

Derrière le bilan carbone, un nouveau paradigme :

 

Pour l’instant on ne peut que remarquer le fait que la notion en vogue de « bilan carbone » n’a de bilan que le nom : il est caractéristique de la démarche écologiste qui a inventé la comptabilité à une seule colonne. Tout se passe en effet comme si l’activité humaine n’avait qu’un coût -on dit une « empreinte » quand on est bien élevé-  et pas de bénéfice. Et comme si nous n’avions d’autre finalité que de réduire cette empreinte ! Faire maigrir la colonne coûts (pour la planète) sans tenir compte de la colonne bénéfices (pour nous). Ce nouveau paradigme qui certes, n’a pas beaucoup d’applications concrètes pour le moment en dehors de la sphère idéologique et publicitaire (qui vise le consommateur « éco-responsable » (3)), nous est imposé comme une évidence sans qu’on n’ait le droit de le discuter .  Certains fondamentalistes, eux,  en tirent les conclusions jusqu’au bout :

Save-the-Planet 

 

 

Le bilan carbone de Pôle Emploi :

 

Parlons à présent des administrations. Exemplarité oblige, les administrations centrales ainsi que de nombreux établissements publics ont reçu pour consigne d’évaluer leur bilan carbone et de mettre en œuvre des usines à gaz tels les agendas 21 issus de la grande messe du sommet de Rio en 1992. Au total, que d’énergie humaine gaspillée pour finalement aboutir à des préconisations qui soient enfoncent des portes ouvertes (« éteindre votre poste de travail le soi », « n’imprimez ce mail que si nécessaire… »), soient sont inapplicables (« imprimez deux pages en une », un slogan sponsorisé par les opticiens ?). Mais finalement, en dehors d’afficher son politiquement correct, à quoi servent ces bilans ? Que demande-t-on à une administration ? De remplir sa fonction de service public ? De remplir cette mission en évitant de gaspiller l’argent public, c’est-à-dire le nôtre? Ou de minimiser son empreinte carbone ?

 

Le bilan que vient de produire le jeune Pôle Emploi (4) , issu d’une fusion visiblement assez mal digérée entre l’ANPE et les ASSEDIC, illustre parfaitement le problème : cela consiste tout simplement à aligner des chiffres dont personne ne peut prétendre saisir la portée et qui surtout, sont complètement déconnectés de l’activité de l’organisme, donc de sa fonction, de sa raison d’être .

 

On apprend donc que chaque « collaborateur » de Pôle emploi émet l’équivalent de 6,38 tonnes équivalent CO2, « ce qui correspond aux émissions d’un tour du monde en voiture. ».  Une comparaison qui ne veut strictement rien dire, mais qui a le mérite de frapper l’imagination.  Un tour du monde en voiture, c’est beaucoup , se dit-on immédiatement … Est-ce vraiment beaucoup ? On répondra d’autant plus difficilement à cette question que l’étalon change de taille en permanence, à cause d’un phénomène vertueux : la réduction régulière des émissions de CO2 par km/auto. Si les émissions de CO2 d’une voiture sont divisés par deux en dix ans tandis que celle d’un ordinateur reste inchangée, l’empreinte carbone de mon ordinateur ,ainsi mesurée, double !

 

Hors d’éléments de comparaison avec d’autres organismes comparables, ce chiffre de 6,38 tonnes de CO2 par salarié ne nous donne aucune indication sur les vertus ou les vices « carboniques » de Pôle emploi. Remarquons que le premier poste (23% des émissions) réside dans les déplacements domicile-travail des salariés, ce qui relève non pas de l’activité de Pôle emploi, mais des choix et/ou des possibilités de logement et de transport de ceux-ci : à moins qu’on envisage leur encasernement dans des logements de fonction à proximité de leur travail… Mais surtout, si on impute ces déplacements domicile/travail à l’activité de Pôle Emploi, il faut aller jusqu’au bout de la logique : Chaque chômeur en moins engendre un supplément d’activité et par là-même un accroissement de l’empreinte carbone. De ce point de vue, moins le Pôle Emploi est efficace dans sa mission, plus il est écologiquement vertueux !

 

Et le bilan retour à l’emploi ?

 

Bien sûr, ça n’est pas le Pôle Emploi qui décrète la situation économique, et ses salariés ne sont pas responsables de la pénurie d’emplois. Il se trouve que la fusion ANPE ASSEDIC est intervenue en Janvier 2009, au moment où la crise économique multipliait les demandeurs d’emploi, ce qui a certainement rendu l’adaptation des « collaborateurs » d’autant plus douloureuse (5). On notera qu’à côté de ce bilan carbone, il existe un rapport d’activité 2009 (6), qui ne nous donne aucune indicateur pertinent sur  ce qui devrait pourtant être l’essentiel , à savoir dans quelle mesure l’aide apportée  aux chômeurs afin de retrouver un travail s’est améliorée ou pas, ou si elle est en voie d’amélioration. Or, la dernière enquête sortants (7)   fait apparaître que sur 222.000 inscrits qui ont retrouvés un emploi en Juin 2010, seuls 16,7% d’entre eux (37.000) y ont accédé par le Pôle Emploi. Ca fait moins d’un emploi par salarié de Pôle Emploi, et on comprend que certains d’entre eux puissent déprimer.  N’est-ce pas là un élément de bilan qu’on aimerait voir s’améliorer, avant l’empreinte carbone ?

 

Combien ça coute, un bilan carbone ?

 

Combien a-t-il été dépensé pour ce bilan carbone ? En voilà, un autre chiffre qu’il serait intéressant de connaître, dans la rubrique « utilisation judicieuse de l’argent public ». D’autant qu’on nous apprend que ce bilan a été réalisé agence par agence (il y a en 841 ! ). Lorsqu’on sait que des consultants proposent des prestations à 9000 euros hors taxe pour évaluer le bilan carbone du seul parc informatique pour une société de 50 salariés (8), on peut imaginer sans trop de difficulté que le Pôle Emploi a déboursé pas mal d’argent.

 

Rassurons-nous, cet argent n’est pas perdu pour tout le monde, et il y au moins un secteur économique en pleine expansion dans l’hexagone : la liste des prestataires bilan carbone agréés par l’ADEME est déjà longue de 71 pages (9) . C’est sans doute ce qu’on appelle les emplois verts ?

Anton Suwalki

 

 


 

 

Sources :

 

(1) http://www.terravada.org/bilan-carbone/bilan-carbone-obligatoire.php

 

(2) http://imposteurs.over-blog.com/article-35821326.html

 

(3) très frappant à ce sujet, le thème lancinant de la voiture « propre » qui émet moins de xxx g de CO2 au km, tendant à devenir l’argument unique de la publicité, comme si l’on n’attendait pas avant tout d’une voiture qu’elle soit solide, fiable, sûre, confortable, agréable à conduire (et de préférence sobre pour notre porte-monnaie).   

http://pro.01net.com/editorial/397033/9-000-euros-(ht)-pour-un-bilan-carbone/

 

(4) http://www.pole-emploi.org/communication/pole-emploi-publie-son-premier-bilan-carbone-@/communication/cocommunique.jspz?id=13717

 

(5) http://www.lagazettedescommunes.com/27042/un-an-apres-la-fusion-anpe-assedic-pole-emploi-face-au-stress-des-agents/

 

(6) http://www.pole-emploi.org/file/mmlelement/pj/75/b4/2d/c3/rapport_activite43266.pdf

 

(7) http://www.pole-emploi.org/file/mmlelement/pj/1b/0c/62/c3/note_enquete_sortants_juin43343.pdf

 

(8) http://pro.01net.com/editorial/397033/9-000-euros-(ht)-pour-un-bilan-carbone/

 

(9) http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&cid=15729&m=3&catid=15734

 

 

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commentaires

wackes seppi 02/01/2011



 


Vous avez des économies ? Elles émettent aussi du CO2. Pour savoir combien vous polluez :


 


http://www.lemonde.fr/economie/visuel/2010/11/22/calculette-experte_1443516_3234.html


 


Vous savez donc ce qu'il reste à faire pour sauver la planète !



karg se 02/01/2011



Au chômage le 12 novembre, nouveau boulot trouvé trois semaines plus tard (prise de poste demain), toujours par inscrit ni indemnisé... Le pôle emploi est totalement inutile.



Sceptique 03/01/2011



Je n'ai pas pu consulter le site indiqué par wackes seppi : "bad request"!


Par contre, hier soir, j'ai savouré un de mes films cultes, "Don Giovanni", de Mozart, filmé par Joseph Loosey.


Quand une espèce compte dans ses rangs, entre autres, un W.A.Mozart, elle n'a pas le droit de se suicider. Pas même d'y penser. 



Astre Noir 03/01/2011



@ karg se :


 


La mission de Paul Emploi n'est pas de trouver un travail aux chômeurs, mais de faire baisser leur nombre.


 


Pour faire baisser ce nombre, il y a deux possibilités :


leur trouver un travail

les radier des statistiques



Comme la deuxième solution est beaucoup plus facile à mettre en oeuvre que la première...


..



wackes seppi 04/01/2011



 @ Sceptique


 


Pourtant, le lien marche ! Mais, semble-t-il, pas la calculette.


 


Vous trouverez le bidule, fonctionnel cette fois-ci, dans les publicités de certains articles du Monde, par exemple :


 


http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/01/03/les-bourdons-importants-pollinisateurs-en-fort-declin-aux-etats-unis_1460597_3244.html


 


Exemple de résultat, pour 10.000 € sur un Livret A au Crédit agricole : “5,3 tonnes de CO2 -- Votre argent induit chaque année autant d’émissions de gaz à effet de serre que l’utilisation
quotidienne d’un gros 4x4.” Salauds de pauvres qui ont trois sous de côté !


@ Astre Noir


 


Plus une troisième : faire en sorte qu'ils ne se retrouvent pas dans les statistiques.



Luc Marchauciel 04/01/2011



Ou bien je n'ai pas compris un trcu, ou bien il y a une erreur dans ce passage :


"Mais surtout, si on impute ces déplacements domicile/travail à l’activité de Pôle Emploi, il faut aller jusqu’au bout de la logique : Chaque chômeur en
moins engendre un supplément d’activité et par là-même un accroissement de l’empreinte carbone. De ce point de vue, moins le Pôle Emploi est efficace dans sa mission, plus il est écologiquement
vertueux ! "


Il me semble que c'est l'inverse : plus il y a des chômeurs, plus il y a de salariés employés à Pôle Emploi (enfin, à condition que les effectifs de travaillerus suivent, ce qui n'ets pas la mode
actuelle...) qui vont faire le déplacement domcile/lieu de travail, et donc accroître le bilan carbone de Pôle Emploi.


Bref, de ce que je comprends, c'est l'inverse de la phrase d'Anton qui serait vrai : moins il y a de chômeurs, meilleur est le bilan carbone de Pôle Emploi, non ? Précisément parce que chaque
chômeur en moins entraîne une REDUCTION de l'activité de Pôle Emploi. J'ai bon ou j'ai foutch ?



wackes seppi 04/01/2011



 


Les deux, M. Marchauciel : moins il y a de chômeurs, meilleur est le bilan de Pôle Emploi (à la condition que ses effectifs se réduisent). Mais plus il y a de travailleurs, plus il y a de
monde sur la route pour les trajets domicile-emploi (à la condition bien sûr que les chomeurs économisent sur leurs déplacements).


 



l'autre pierre 04/01/2011



Bilan carbone et usine à gaz même combat.



l'autre pierre 05/01/2011



à propos de bilan carbone


Une actualité qui ne fait pas la une de la presse parisienne


Le petit Nicolas cherche la discrétion sur ce coup là.


Bilan carbone de cette opération sauvetage ?


 


http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Nicolas-Hulot-sauve-par-des-pompiers-plongeurs-de-Saint-Malo_40823-1644442_actu.Htm



Laurent Berthod 07/01/2011



Blub, blub, blub, je vous parle de sous l’eau ! Vite ! Au secours ! Blub, blub, blub, je me noie ! Appelez-vite mon copain Yab, qu’il vienne m’hélitreuiller avec son vrrr vrrr vrrr zélicoptère…
Blub, blub, blub… Aaaargh…


FIN



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